Le territoire est mon sujet de prédilection. Au travers d’une expertise et d’une observation sensible de celui-ci, je développe un travail à propos des explorations et représentations que l’on en a. Je collecte ainsi différentes données constitutives d’un site pour mieux le révéler. Je privilégie pour cela des éléments qui sont trop souvent laissés de côté pour leur caractère banal et commun.
Artiste arpenteur, je répertorie alors ces informations en convoquant des registres variés comme la géographie, la botanique, l’urbanisme, l’économie, la culture ou le vernaculaire. Dans une méthode non pas scientifique mais subjective, je favorise les associations libres et les narrations non linéaires. J’isole ainsi certaines de ces caractéristiques, change leur contexte, modifie les supports, mixe les références pour en ouvrir nos perceptions et lectures.
Favorisant l’aspect visuel, je constitue des bases iconographiques que j’exploite dans des agencements graphiques qui se déplient tant sur papier, tissus ou dans des formes installatives. Coupées de leurs sources, ramenées parfois à leur pure abstraction elles deviennent des tracés, des écritures dessinées et poétiques aux interprétations non univoques.
Je cherche ainsi à questionner l’autorité et parfois la véracité de ces données constitutives d’un territoire. Il s’agit d’énoncer et si possible de dénoncer les diverses formes de propagandes douces qui s’imposent à nous. La science et son obsolescence, la cartographie et ses relevés topographiques, les utopies urbanistiques et les formes d’architectures parlantes, la botanique et la maîtrise du végétal sont certains des champs de recherche artistique que j’affectionne.
Pour mener ce travail, j’alterne des périodes d’immersion lors de résidences que je complète avec des moments de cristallisation en atelier.Ne privilégiant aucun médium, je cherche davantage à adapter mon support d’expression en fonction du propos que je développe. Je favorise alors des explorations techniques et des collaborations avec des professionnel.le.s. Il est important pour moi aussi de collaborer avec des pôles ressources et des institutions spécialisées dans ces domaines (conservatoire, fond de collection, centre de formation).
Ces dernières années, suite à une résidence au Mexique et en Argentine, j’ai centré ma pratique autour du végétal et de la portée narrative et culturelle qu’il peut avoir. A la fois sujet et outil de travail, j’explore cet univers et les occurrences qu’il peut avoir dans des domaines comme l’artisanat, l’ornementation, les traditions populaires ou encore l’économie et l’histoire. Vecteur de récits multiples et complémentaires en fonction des époques, des zones géographiques mais aussi des cultures, les plantes offrent des clés de lecture et de compréhension des territoires et de nos espaces de vie.
J’ai pu défricher certains champs de recherches plus spécifique comme l’utilisation tinctoriale et textile de certains végétaux, les études ethnobotanique, l’histoire des apothicaireries, les croyances vernaculaires ou encore les portées de leurs représentations dans nos cultures (importances du motif, du symbole et de l’ornement). Chargé de ces récoltes, je les exploite et convoque dans des agencements textiles ou papier en jouant des techniques d’impressions. Un souci de mise en espace m’amène souvent à travailler en fonction du lieu et parfois avec des matériaux évolutifs ou temporaires.
Benoît Billotte 2025
